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Face au soleil

  • Bucephalus owner
  • 12 mars
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 mars

Il est des légendes qui prennent corps dans un seul mot prononcé, et dont la consonnance n'est à nulle autre pareille : Durandal ou Excalibur, Beowulf ou Tannhäuser, Quetzalcoatl ou La Vouivre, Freya ou Baba Yaga, Ysengrin ou Belphégor, Pégase ou Bucéphale, ce dernier nom étant celui du cheval d'Alexandre le grand, et pour introduire ce qui suit, celui de notre voilier.


Figurine historique, non sourcée, qui a sans doute inspiré celle visible dans le film The Black Stallion sorti en 1979, lui-même issu du livre éponyme de Walter Farley publié en 1941.
Figurine historique, non sourcée, qui a sans doute inspiré celle visible dans le film The Black Stallion sorti en 1979, lui-même issu du livre éponyme de Walter Farley publié en 1941.

Rappelons d'abord l'histoire de cet étalon, qui a véritablement existé. Son nom, Bucéphale, signifie « tête de bœuf » en grec. Plusieurs versions sont données pour expliquer son attribution : l'animal aurait possédé invraisemblablement des cornes de bœuf, ou plus simplement un front très large, ou peut-être une tache de naissance évocatrice, ou bien encore une marque au fer rouge qu’il portait pour identifier son élevage d’origine, ou plus certainement, enfin, ce nom ferait référence à une race de chevaux thessaliens nommée boukephalas.


Trois grands épisodes jalonnent ses relations avec Alexandre. Le premier est celui de son domptage. Le récit le plus probable nous en est donné par Plutarque, philosophe et biographe grec au premier siècle après JC, soit plus de trois cent ans après les faits.


Le roi de Macédoine Phillipe II possède, ou se voit proposer, un cheval thassalien que nul ne semble être en mesure de domestiquer. Le monarque veut le faire renvoyer mais son jeune fils, Alexandre, offre de le payer avec ses propres fond s'il échoue à l'apprivoiser. Car il a remarqué une chose qui explique le comportement agressif de l'animal. Celui-ci a en effet une peur panique de sa propre ombre, qui semble le poursuivre attachée à ses sabots. Il place alors Bucéphale face au soleil, réussit à le calmer et parvient finalement à l'enfourcher. C'est ainsi que Philippe, par un commentaire gorgé de fierté, acte la naissance du conquérant : « Mon enfant, cherche un royaume à ta mesure. La Macédoine n’est pas assez grande pour toi ».


L'attachement fusionnel, aussi émotif que politique, entre le cavalier exclusif et sa monture, est confirmée dans la Vulgate d’Alexandre le Grand lorsque sont abordées les circonstances du vol de Bucéphale. À la poursuite de Darius, aux alentours de la mer Caspienne, les troupes d'Alexandre sont harcelées par les barbares, lesquels parviennent à capturer le cheval royal. Plutôt décrit comme un souverain magnanime, son rapt plonge Alexandre dans une colère terrible. Il devient cruel, menace de dévaster le pays et de tuer toute sa population si le cheval ne lui est pas restitué. Quinte-Curce, historien romain, prétend même que les plaines sont ravagées, les forêts coupées et recouvertes de terre. En fin de compte, la peur est telle que Bucéphale est remis à son propriétaire, accompagnés de cadeaux et d'otages. On comprend ici le lien existentiel entre l'étalon et le chef de guerre, qui fournit le prétexte d'un évènement à l'importance relative pour soumettre un peuple entier.


Le dernier volet de cette mythologie à deux corps triomphants se déroule en juillet 326 av. J.-C., durant la bataille que mène Alexandre contre Poros, raja indien du royaume de Paurava, sur les rives de l'Hydaspe (aujourd'hui la rivière Jhelum) dans l'actuel Pakistan. Bucéphale est vieux, il a participé à toutes les expéditions, incarnant avec succès la supériorité de l'armée macédonienne, motivant pas sa seule présence les troupes à livrer des combats victorieux. Mais la lutte est peut-être plus rude cette fois-ci, notamment à cause de l'emploi d'éléphants par l'ennemi. Si Alexandre finit par l'emporter, Bucéphale périt dans lors de ces affrontements, en s'écroulant de fatigue de fatigue selon certains, suite à ses blessures pour d'autres. Sa perte est si grande pour son maître qu'il ordonne la construction d'une ville à l'endroit de son mausolée, sur la rive occidental de l'Hydaspe. cette citée, nommée Bucéphalie, a disparu depuis.


La disparition de Bucéphale marque la fin de la conquête de l’Asie. Est-ce l'épuisement de ses soldats, la violence de cette dernière confrontation, la lassitude provoquée par le deuil d'une créature avec qui Alexandre a partagé plus ce que qu'aucun être humain ne pourra jamais le faire ? Toujours est-il que le retour vers Babylone ne saurait être dissocié de cet ultime épisode, qui scelle définitivement Bucéphale comme le double-équin de l'un des plus grands conquérants de l'histoire.


À l'heure où nous nous apprêtons à prendre possession de notre voilier Bucephalus, nous ressentons toute la charge de ses origines sémantiques. Elles mêlent la fougue et la fidélité, l'exploration et l'aventure, la fortune et l'estime. Nous n'aurions pas pu trouver de meilleur interprète de nos propres valeurs.


 
 
 

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